Maxime LISBONNE

La vie de Maxime LISBONNE méritait bien une toute page entière.

maixme lisbonne la ferte alais histoire et patrimoine

Voici Maxime Lisbonne. Au sortir de la funeste défaite militaire de 1870 et de la tragédie sanglante de la Commune, Paris tourbillonne dans le plaisir et les divertissements. C’est l’époque des caf’conc’, le règne du mauvais goût et de l’étourdissement. Les anciens Communards, ceux-là même qui ont survécu aux fusillades, aux exécutions sommaires vengeresses, à l’exil ou à la transportation qui se voulait «rédemptrice» sont de retour, et ils le font savoir haut et fort !

Le « temps des cerises » de Jean-Baptiste CLÉMENT, sera la chanson emblématique de cette époque, et c’est bien vrai que nous aimerons toujours le temps des cerises Et les souvenirs que nous gardons au cœur !

Ainsi va pointer un mouvement artistique libertaire ou tout un chacun se laisse aller, à sa guise, à s’exprimer, s’opposer, revendiquer, peindre tout en repoussant les limites du conventionnel. Ces talents vont effectuer leurs premiers pas au sein des cabarets qui s’installent à droite, à gauche dans les quartiers populaires et dont le plus célèbre sera celui à l’enseigne du Chat Noir tenu par Rodolphe Salis et le Divan Japonnais tenu par Maxime LISBONNE.

Personnage singulier, artiste, homme politique il joua un rôle important lors de la Commune de Paris en 1891, qu’un hommage particulier lui soit rendu.

Bonne lecture.

Philippe AUTRIVE

Marcel CERF, Biographe talentueux de Maxime LISBONNE vient de décéder le 1er janvier 2010 à l’âge de 97 ans.

Cette page lui est dédiée.

Réédition du livre de Marcel Cerf sur Maxime Lisbonne, un citoyen Fertois.

Maxime lisbonne - la ferté alais histoire et patrimoine

Militaire indiscipliné et fantasque, saltimbanque et profondément républicain, Maxime Lisbonne est élu capitaine de la garde nationale. Muni d’un chapeau noir à plume rouge, il se bat, avec courage et même témérité : Il fait l’admiration de tous. Son insouciance du danger, son panache lui valent son surnom de d’Artagnan ; blessé, torturé, il est condamné à mort, puis au bagne à perpétuité. En Nouvelle Calédonie, il écrit ses mémoires et défend la cause Kanak. A son retour, il devient journaliste, directeur de cabarets, de théâtres ou de tavernes où il raconte le bagne et présente le programme de la Commune. Il reste fidèle aux idéaux de la Commune jusqu’à sa mort en 1905. Il est enterré au cimetière de la Ferté Alais.

Marie-Claude WILLARD

Ce livre qui se lit comme un roman, est un fidèle portrait de Maxime Lisbonne. Éditions Dittmar, 2014, 12 €.

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Le samedi 20 juin 2015, inauguration par Mrs Eric Lejoindre et Daniel Vaillant, ancien Ministre, d’une rue Maxime Lisbonne à PARIS 18ème, qui commence au n°6 de la rue Ernestine et finie au n° 9 de la rue Emile Duployé.

MAXIME LISBONNE

1839 – 1905

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Maxime LISBONNE est né à Paris, le 24 mars 1839, il aura un sacré parcours. Il s’engage très jeune dans la vie militaire, et dès le 7 mai 1854, il embarque comme mousse sur la Belle Poule et participe ainsi à la campagne de Crimée. Maxime Lisbonne fait la campagne en Italie et en Syrie. Envoyé aux compagnies de discipline, il fut gracié pour s’être signalé pendant l’incendie de l’hôpital d’Orléansville.

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Maxime LISBONNE a vécu quelques temps à Saint-Etienne où il tenait un bar. Après sa libération, il dirigea en 1865-1868 le « théâtre des Folies Saint-Antoine » qui sera mis en faillite en 1868 et fermera définitivement le 1er mai 1873.

Il y fera jouer, le 11 mai 1868, Les Métamorphoses d’Ovide, pièce en trois actes, par Paillard et Miro.

Puis il fut courtier en assurances.

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Pendant le siège de Paris, il se range du coté des Fédérés, et joue un rôle très actif dans la défense de la capitale. Il prend part à plusieurs combats (Arcueil, Buzenval). Capitaine au 24ème bataillon de la garde nationale, lieutenant dans un régiment de marche, il prit une part active à la journée du 18 mars 1871, s’empara de la caserne des Minimes et fut nommé le 1er mai 1871 Lieutenant-colonel par la Commune.

Louise Michel dira de lui : « Quand Lisbonne vint le matin (à Clamart NDLR ) amenant du monde, il fut à la foi content et furieux, secouant ses cheveux sous les balles qui recommençaient à siffler ainsi qu’il eut chassé des mouches importunes ».

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« Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part ! ».

Louise Michel

 

La commune Histoire et souvenirs.

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« Pour évacuer le fort d’Issy, Le Commandant Lisbonne fut d’une grande bravoure, protégea la retraite qui se fit au milieu des balles ».

Histoire de la Commune de 1871 – Éditions La Découverte – Prosper-Olivier Lissagaray

Le Fort d’Issy les Moulineaux a joué un rôle très important lors de la commune. Les Fédérés s’emparent du Fort d’Issy les 19 et 20 mars. l’évacuation définitive aura lieu le 8 mai sous l’autorité de Lisbonne. Maxime Lisbonne va se battre héroïquement, rue par rue au travers d’Issy-Les-Moulineaux, jusqu’à la barricade de la Porte de Versailles.

(Source Jean-Pierre THEVRIER – La Commune 2015 Trimestre 2).

Maxime LISBONNE sera qualifié de « Murat de la Commune » par Edgard Monteil :

« Il portait une tunique de zouave, un pantalon large dans des bottes molles, une écharpe rouge, et un chapeau noir, avec une plume rouge, à la Fra Diavolo. Je ne l’appelais que le Murat de la Commune. Il se faisait suivre partout par un Turco qui fut plus tard tué à ses côtés. C’était un des hommes les plus braves qui se puissent rencontrer. Je l’ai vu au fort d’Issy, qui n’était plus qu’un amas de terres bouleversées, s’exposer au feu avec le mépris du danger ou plutôt, l’insouciance complète du danger.»

Dès le 24 mai, la défaite de la Commune semble irrémédiable. Thiers a annoncé que l’expiation serait complète.

Le 29, l’ordre règne dans Paris…

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                                           En ce début de matinée du 22 mai 1871, Paris s’éveille et ne sait pas qu’il va connaître la semaine la plus sanglante de son histoire. Vallès est allé rejoindre le colonel Maxime Lisbonne, le d’Artagnan de la Commune, sur la barricade de la porte de Versailles.

« C’est le frais du matin, un flot de mélancolie au cœur ­ c’est la vue du ciel bleuissant ! . Lisbonne monte sur les pavés, harangue ses maigres troupes : « discours souple, franc et crâne » estime l’écrivain Monteil.

« Déjà, les nouvelles affluent et elles sont mauvaises : les Versaillais avancent dans Paris et ne font pas de prisonniers… »

Sa défense se combine avec celle du colonel Lisbonne qui commande le quartier de la gare Montparnasse, les rues Notre Dame des Champs, de Rennes et Saint-Sulpice. Maxime Lisbonne dirige en personne les barricades des rues Notre Dame des Champs, Bréa et Vavin. Charlemont et son bataillon renforcent cette position stratégique importante.

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« Là, nous avons pu constater le courage et le sang-froid imperturbable de Lisbonne, donnant des ordres avec le plus grand calme, quoique à découvert sous le feu de l’ennemi, communiquant aux siens l’exemple de la plus grande bravoure et le plus grand dévouement ».

Maxime Lisbonne sera blessé Place du Château d’Eau (actuelle place de la République), le 25 mai 1871 à 15 heures par une balle versaillaise qui lui broiera définitivement la jambe.

« Qui ne se souvient de Lisbonne, caracolant sur son cheval arabe, vêtu mi-partie en garde national et mi-partie en je ne sais quoi de grenadier de Sambre et Meuse ? D’une bravoure hors ligne, et tout entier à sa besogne…» CLUSERET

Maxime Lisbonne sera par deux fois condamné à mort, et la seconde le 5 décembre 1871 par le 3ème conseil de guerre, sous l’inculpation de dévastation, pillage, participation aux incendies de la rue Vavin.

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« Le 5 décembre 1871, dans la salle du 3ème conseil, une sorte de fantôme apparut à la figure blême. Il se glorifia d’avoir combattu et ne repoussa que les accusations de pillage. Les Versaillais le condamnèrent à mort« .

Histoire de la Commune de 1871 Éditions la Découverte.

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Sa peine sera commuée le 14 septembre 1872 en travaux forcés à perpétuité en Nouvelle Calédonie sur l’île de NOU où il partagera sa peine avec son amie de toujours, Louise Michel jugée quelque jours après devant le même conseil de guerre.

Ses compagnons diront de lui : « Le citoyen Lisbonne était demeuré l’endiablé boute-en-train que j’avais connu, soit au combat, soit ailleurs.

« Deux bras qui s’arrondissent en face l’un de l’autre au-dessus non pas d’une tête, mais d’une petite rade, c’est la presqu’île Ducos et l’île Nou entre les deux épaules, c’est Nouméa au fond de la rade. L’île NOU, c’est le plus, Dacosta, Locamus, Lisbonne etc.

Étant les plus éprouvés, ils nous étaient les plus chers ; mis à la double chaîne, traînant le boulet près de ceux qui étaient réputés les pires criminels, ils subirent d’abord leurs insultes, puis s’en firent respecter »… « tant Locamus, tout droit qui secouait sa grosse tête frisée, que Lisbonne, frappant sa béquille, relevait la sienne sous sa crinière ; tous deux avaient des allures de lions ».

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Il fallu beaucoup de courage à Maxime Lisbonne, classé aux « incorrigibles », nom donné à une catégorie de transportés pénitentiaire, pour survivre à cet enfermement carcéral qui dura 8 longues années sous le N°4589 à la presqu’île DUCOS.

Le 18 mars 1880, Maxime Lisbonne écrit cette lettre pour commémorer l’anniversaire de la Commune :

« Je rentre la tête haute et fière…Après huit années de bagne, je revois la capitale. Salut à toi, Paris ! ville des martyrs qui a vu couler le sang le plus pur et le plus généreux. Les huit années de tortures que j’ai vécu rendent plus vif et plus entier mon dévouement à ta cause.

C’est au milieu des amertumes de l’exil que j’ai mieux compris combien tu étais grand. Je ne veux rapporter dans tes murs aucun sentiment de haine et de vengeance. Pardonner n’est pas possible, après les injures dont nous avons été abreuvés !

Mais il est un sacrifice que, du moins, je saurai te faire : J’oublierai !

Qu’ils prennent garde, cependant, les ennemis éternels de la République, de confondre cet oubli avec un renoncement à notre passé.

Qu’ils n’essaient plus les folles tentatives de Bordeaux, car, ce jour-là, tous tes enfants seraient encore une fois debout, et nous, les incorrigibles, nous nous souviendrons, alors !

Vaincus peut-être, enfin, à leur tour, il leur faudrait rendre compte de leurs crimes devant ce grand tribunal sans appel, qui n’ouvre ses assises qu’à de lointains intervalles, mais qui, jamais, ne commet d’erreur judiciaires : la justice du Peuple »

Maxime Lisbonne – Forçat de la Commune

« En effet, il n’y avait qu’un bagne où des braves comme Lisbonne furent dès l’arrivée accouplés aux assassins, aux empoisonneurs, obligés de leur disputer la ration, subirent des injures, quelquefois leurs coups, attachés au même travail, au même lit de camp. La moindre infraction entraînait des peines terribles, la cellule, le quart de pain, les fers, les poucettes, le fouet. Les poucettes broyaient les os et faisaient tomber les phalanges. Tous les vendredis, le fouet fonctionnait ! ».

Histoire de la Commune de 1871 – Éditions La Découverte – Prosper-Olivier Lissagaray

Plus de 1800 personnes attendaient le retour des bagnards, le 24 janvier 1881, parmi ces bagnards figuraient Louise Michel et Maxime Lisbonne.

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Ses amies et amis organiseront un dîner en l’honneur du retour du Colonel LISBONNE et notamment Jules VALLES et Séverine sa compagne.

Maxime Lisbonne vivra au 8 de la rue Saint André à Paris à Montmartre.

Ses voisins écriront « Le 8 était un petit pavillon séparé du 6 par un jardin avec tonnelle où l’on venait banqueter « à la campagne ». Lisbonne était mon voisin au numéro 8. Il avait acquis une voiture ayant appartenu au Duc de Brunswick et qu’il avait peinte en rouge. Dans  cet équipage attelé de deux chevaux étiques, adornés de grelots, le Colonel revenait se coucher à 2 ou 3 heures du matin et réveillait toute la rue par le bruit de ferraille de son véhicule« 

Une nouvelle vie attend Maxime Lisbonne, celle des cabarets, de la comédie, de la fantaisie , il est temps de tourner la page.

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Les cabarets de Maxime Lisbonne

Revenu de nouvelle Calédonie après l’amnistie promulguée le 11 juillet 1880, il prendra tout naturellement sa place dans ce Paris des Cabarets ou il dirigera le théâtre « des Bouffes-du-Nord ».

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Il y montera avec enthousiasme Nadine de Louise Michel pour seulement trois représentations. Drame en cinq actes, créé en 1882, deux ans après le retour de Nouvelle-Calédonie.

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Maxime Lisbonne y créera Germinal d’Emile Zola, Hernani de Victor Hugo. « Chaque soir, son théâtre servait de lieu de rendez-vous aux vieux communards comme aux jeunes collectivistes, il les tutoie tous » écrira Charles Chincholle dans les Mémoires de Paris. Librairie moderne, 1889, p.61-79.

Poursuivant la lutte pour la Révolution sociale, il lance même le 27 novembre 1884, un journal Maratiste «  L’ami du Peuple. – Le seul journal qui ose dire la vérité ».

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Le journaliste Jean-Baptiste Clément participera à ce journal. A compter du 15 mai 1885, le journal deviendra quotidien, puis faute d’argent, sera suspendu.

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Il renouvellera l’expérience quelques années après avec deux parutions : « La Gazette du bagne » et en 1892 « Le Citoyen de Montmartre. »

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Maxime Lisbonne, publie cette annonce dans son journal La Gazette du Bagne : Au Tambourin. Bien des auberges dont la nudité et le délabrement des murs fait la pauvre originalité. (…) C’est en effet madame Ségatori, propriétaire du Tambourin qui a réuni, placé avec un sentiment artistique, les œuvres des maîtres qui ont transformé son établissement en une des plus intéressantes galeries de tableaux qui se puisse.

Pour ajouter à l’attrait de son établissement, la directrice s’est adjoint les plus charmantes collaboratrices qui se puissent voire, fraîches fleurs écloses au soleil d’Italie et épanouies dans le rayonnement chaud de notre capitale.

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Maxime Lisbonne participera à des conférences avec Louise Michel :

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La Taverne du Bagne de Maxime LISBONNE:

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En référence directe à son séjour au Bagne de Nouméa, Le citoyen Lisbonne ouvre vraisemblablement en août ou septembre 1983, à l’angle de la rue des Martyrs et du boulevard de Clichy « La TAVERNE DU BAGNE », sur l’ancien emplacement du bal de « l’ Elysée Buffet » au 2 bd de Clichy. Il existait déjà en 1830, selon André Roussard, un bal qualifié  » bastringue de barrière », qui était tenu par un nommé Charton.

Maxime Lisbonne fit blinder sa façade avec des plaques en fer-blanc, et placer deux portes cadenassées qui portaient en lettres rouges les inscriptions : « Entrée des condamnés, et Sortie des libérésl’espérance est bannie de ce lieu… ».

La Taverne du Bagne propose à ses clients tous les soirs, à 11 heures (sans doute peut-on y voir une soupe populaire bouillon de onze heures ») précise la réclame, «  soupe canaque, gourgane de Toulon et Badinguet.

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A l’entrée, des « gardes- Chiourme » annonçaient l’arrivée des clients, en criant des condamnations : – Duffan Anatole, vingt cinq ans de réclusion, et madame !

 

La salle du cabaret était décorée, « sur les murailles » d’une trentaine de peintures représentant des scènes du bagne et de portraits de communards célèbres : Rochefort, Alphonse Humbert, Fortin, etc. Les garçons, habillés de la veste rouge et du bonnet vert des forçats, portant à leur ceinture un petit boulet porte-monnaie retenu par une chaîne, servaient «la clientèle» sur tables de bois blanc.

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Voici le tableau pittoresque qu’en dresse Charles Chincholle, journaliste au Figaro : « La Taverne du Bagne, avait la prétention de représenter exactement une des casernes de. Nouméa. On eût dit d’une prison. Au-dessus de la porte, une lanterne rouge.

Sur la toiture, à droite et à gauche, deux canons. A l’intérieur, qui était d’un minable à faire fuir, mais dans lequel on s’empilait le service était confié à des forçats ayant tous au pied une chaîne se terminant par un boulet. Seulement le boulet était

creux, s’accrochait à la ceinture, s’ouvrait et contenait…la serviette avec laquelle on essuyait les tables. Là, le bock s’appelait un boulet. »

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Maxime Lisbonne avait rendu les consommations obligatoires d’une astucieuse manière : le paiement d’une consommation donnait droit à un carton vert ou jaune sans lequel, à la sortie, on ne pouvait être « libéré » :

TAVERNE DU BAGNE
CERTIFICAT
DE LIBÉRATION

Le Condamné a consommé

Et s’est bien conduit.

Le Directeur

M. Lisbonne

Le 6 décembre 1885, Maxime Lisbonne défraie la chronique en offrant un grand déjeuner gratuit « Aux malheureux du 18ème arrondissement. L’initiative rencontre un tel succès, que dés 5 heures du matin, « une queue formidable » contourne la Taverne du Bagne et, en cinq fournées, on sert à manger à plus de trois mille pauvres !

Bien avant COLUCHE, Maxime LISBONNE offre des dîners aux pauvres.

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Didier Deaninck intitulera son merveilleux roman sur Maxime Lisbonne  » Le banquet des Affamés  »

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La taverne du Bagne de la rue de Clichy qui est installée dans une simple baraque, est bientôt victime de la spéculation et remplacée par un immeuble de rapport. Maxime Lisbonne la transférera alors rue de Belleville, en y ajoutant une attraction supplémentaire : « Les Ratapoils ».

La Taverne du Bagne et des Ratapoils de Maxime LISBONNE:

Maxime Lisbonne transforme le 12 février 1886 son cabaret en « Taverne du Bagne et des Ratapoils » au 12 de la rue de Belleville.

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C’était la réplique exacte de l’autre établissement portant le même nom « La Taverne du Bagne. La salle est décorée de peintures représentant des paysages de Nouméa et de l’île de Nou.

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Le nom de « Ratapoils » est emprunté à une statuette créée par Daumier en 1850, qui représente un type de militaire rassis et borné.

« Les Ratapoils étaient de beaux messieurs en redingote, ayant sur le chef un chapeau haute forme. Au-dessus de celui-ci planait un aigle empaillé dont le bec tenait un morceau de lard. Par moments une dispute s’engageait entre un ratapoil et un forçat. Pure comédie, on s’en doute. Cinq ou six forçats se jetaient sur le ratapoil, s’en emparaient et le poussaient sur un petit théâtre simulant une forge ; ils le couchaient de force sur un banc et lui mettaient les fers aux pieds. C’était la revanche de l’opprimé ».

Charles Chincholle.

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Maxime Lisbonne en compagnie du « Père la Pudeur » surnom du Sénateur Beranger

 

 

 

 

 

La Taverne de la Révolution Française de Maxime LISBONNE :

En dépit d’un spectacle original qui témoigne de la fantaisie et des qualités de la mise en scène des idéaux de Maxime Lisbonne, le Bagne de Belleville ne connaît pas le succès de celui de Montmartre. Aussi Lisbonne, habitué à voir la foule autour de lui, créa t-il, dans un quartier moins éloigné, près des Halles, une troisième taverne,

LA TAVERNE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, qui ouvre ses portes, 18, rue Rambuteau, le 1er avril 1886 ;

La taverne de la révolution Française devait honorer les grands patriotes républicains… mais elle ne connaît guère plus de succès et doit fermer les portes en 1888.

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LES FRITES RÉVOLUTIONNAIRES de Maxime LISBONNE :

C’est au n° 54 du boulevard de Clichy que Maxime Lisbonne, ex Colonel de la Commune, que le citoyen Maxime Lisbonne, fonda, en 1888, « les frites révolutionnaires. « Il s’agit d’une sorte de brasserie cabaret à l’usage des amateurs de pittoresque.

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« Les pommes de terre frites sont apportées aux garçons par des mannequins grandeur nature qui représentent ou Napoléon III, ou Louis-Philippe, ou un propriétaire, ou un huissier de justice, ou un frère, selon que le client demande une frite à la graisse bonapartiste, à la graisse royaliste, à la graisse de propriétaire, à la graisse d’huissier, à la graisse cléricale. Les frites boulangistes sont servies par un cheval noir, et les frites révolutionnaires par un lapin ».

Charles Chincholle.

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On portait même les frites en ville, ou plutôt on « déportait », dans un fourgon cellulaire, un petit « panier à salade » traîné par des poneys et précédé de livreurs costumés en gendarmes à bicornes. Mais les frites ne durèrent pas !

Maxime Lisbonne en profite pour retourner au théâtre, et pendant l’été 1888, il monte au théâtre Lyrique Le Sommeil de Danton, de Clovis Hugues, le poète du socialisme, et il triomphe à Paris. Quelques mois plus tard, on le retrouve dans une revue intitulée Aux Urnes. En août 1893, il joue dans « La revue d’été du Concert de l’Horloge.

Maxime Lisbonne dirigera d’autres cabarets excentriques, tels : en 1889 « La brioche politique » 17, rue du Faubourg Montmartre, l’Auberge des Reines, le Caveau des Brigands. Il occupera même un temps le Chat Noir.

Le 22 septembre 1889, il se présentera aux élections législatives :

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Puis aura d’autres ambitions le 23 mai :

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LE CONCERT LISBONNE :

Entre 1887 et 1895, les cafés-concerts connurent leur période de plus grand renom. On y faisait la tournée des Grands Ducs.

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Au début du XIXème siècle, le Divan Japonais s’appelait La Musette de Saint-Flour et accueillait les bals des Charbonniers.

Par suite, il fut rebaptisé la Brasserie des Martyrs et devint le rendez-vous des artistes bohèmes comme Jules Vallès ou Charles Baudelaire.

Le café du Divan Japonais, fut dirigé de 1883 à 1892 par l’épicier poète Jehan Sarrazin.

Il devint le divan du Monde.

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Le Divan Japonais deviendra « le Concert Lisbonne » de chansons érotiques en font à nouveau le lieu incontournable des artistes.

En octobre 1893, Maxime Lisbonne tiendra un moment le « Divan Lisbonne » 75, rue des Martyrs, immortalisé par Henri de Toulouse Lautrec en 1893. La lithographie du Divan Japonais qui met en scène Yvette Guilbert, sous le regard de Jane Avril, ne restera pas longtemps entre les mains de Monsieur Edouard Fournier le Directeur, puisque Maxime Lisbonne reprendra ce cabaret. Maxime Lisbonne proposera chansons, attractions et pantomimes lyriques. C’est là qu’apparaît l’effeuillage… le premier nu.

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Le local est divisé en deux parties ; devant ; les billards, derrière ; la salle et la scène.

Il y crée un pantomime lyrique en 1 acte, le premier numéro de déshabillé, ( du moins c’est l’idée de Didier Deanincks !) et la pièce «  le coucher d’Yvette », de F. Verdellet et musique d’Eugène Arnaud, y fut souvent interprétée une bonne centaine de fois et pour la première fois le 3 mars 1894 par Blanche Cavelli !!

Le Coucher d’Yvette:

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D’après de nombreux historiens du spectacle, la première représentation « deshabillée » eut lieu au Divan Japonais rue des Martyrs. L’erreur est double, il existait bien avant la salle de la rue des Martyrs (75) selon des mémorialistes, dans le passage de l’Opéra, le « Théâtre naturaliste de Monsieur Chirac » où des comédiens jouaient des scénettes dans le plus simple appareil.

La deuxième erreur consiste dans le fait que la salle que Maxime Lisbonne, ancien communard, avait repris à Jehan Sarrazin, s’appelait « Les Concerts Lisbonne ».

Il fut donné une pièce intitulée « Le Coucher d’Yvette », qui avait été refusée par l’Eden-Théâtre. C’était une pantomime musicale, strip-tease bien innocent; en effet, la comédienne Blanche Cavelli, enlevait lentement ses vêtements derrière un paravent à contre-jour, mais conservait, ce que les spectateurs ne pouvaient pas voir, de quoi préserver son intimité.

La censure interdit aussitôt le spectacle en public, mais Maxime Lisbonne contourna la difficulté en ne présentant son spectacle que sur invitation.

Le spectacle fut repris ensuite à l’Alcazar d’été (aux Champs Élysées).

C’est en 1900, que les choses sérieuses apparurent; deux salles : « le Little-Palace » et « les Folies-Pigalle » proposèrent des exhibitions de tableaux lascifs « purement lubriques » selon les censeurs. Bien sûr, la police et les tribunaux mirent fin à un tel scandale ! En appel, les contrevenants ayant été acquittés, le ministère public obtint la condamnation sous la présidence de monsieur Landry, sous la qualification d’outrages publics à la pudeur.

La chambre avait fait une distinction entre le nu artistique et le nu obscène. D’une part, le fait de faire représenter au théâtre des scènes dans lesquelles figurent des femmes nues ne constituait pas le délit d’outrage public à la pudeur, lorsqu’il résultait des diverses précautions prises, des jeux de lumière combinés, de la disposition de gaze faisant écran avec le public et de l’éloignement des actrices, de leurs poses purement plastique, immobiles, et dégagées de toute intention lascive !!!

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Georges Montorgueil consacrera un ouvrage : Les déshabillés au théâtre :

«  Lisbonne ne s’était pas trompé, explique Montorgueil. La fortune sourit à ses espérances. La foule prit le chemin du cabaret jusque-là dédaigné. Elle y arrivait pour l’unique numéro – très gros peut être – qui l’y raccrochait, et ne marchandait pas le prix de ses fauteuils… qu’y voyait-elle de si rare ? – Une femme qui se déshabillait pour se mettre au lit… »

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Voici ce qu’écrit Jean Lorrain, Journaliste de l’époque,  sur les danses Serpentine, du Papillon, des Nuages, du Feu, du Lys, du Nénuphar, interprétées par Jane Avril :

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« Enfin…Paris possède un spectacle d’art. Au milieu des veuleries du café-concert, de l’eau d’évier des pièces réalistes et des sous-entendus grivois des « Couchers d’Yvette », à travers cette atmosphère de blanc gras, de plâtre et de tabagie qui suinte et filtre, canaille et sale, des hauteurs de Montmartre sur tous les beuglants de Paris, Paris enveloppé comme dans un filet d’obscénités et de salauderies, une vision de pure esthétique a surgi».

La revue Le RIRE s’en fait l’écho:

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Maxime Lisbonne transformera le Concert Lisbonne en « théâtre-concert libre ».

Des pièces furent jouées au théâtre-concert libre : Le Male de Montmartre, la Grande Blonde de Jules de Marthold qui y fit scandale, puis la revue du Colonel, de Jean Varney, le drame l’Amour Impie, l’opérette L’Empereur des Dos d’Oscar Méténier, les Bras de Vénus.

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Maxime Lisbonne devra quitter le Concert Lisbonne qui deviendra en 1901 la Comédie Mondaine.

LE CASINO DES CONCIERGES de Maxime LISBONNE

Le 28 novembre 1893 il ouvre le « Casino des concierges » 73, rue Pigalle qui tirait son nom du « pipelet » et qui accueillait les clients à l’entrée, lorsque l’on tirait le cordon.

« Qui que tu puisses être, duchesse ou pierreuse, ministre ou marlou, mercière ou danseuse…quel que soit dans le monde qui est le tien- mais qui te rase- la position que te fait occuper le destin, viens-t-en à l’adresse ci-dessus…Si ta nature est gaie tu y entrediendras sainement des gens du milieu. L’entrée, fixée à 40 centimes donne droit à la dégustation d’un bock de bière. On y sert des soupers composés de bouillon, de bœuf bouilli et de fromage. Ce régal populaire est qualifié de « panamiste » ( par référence au scandale de Panama !) ; le tout, arrosé d’une demi-bouteille de vin, coûte un franc… ».

Anne de Bercy et Armand Ziwès.

Au Casino des Concierges, on y jouera à mi soirée au loto, et on y interprétera une revue du cabaret : « les Emmurés de Montmartre », de Varney et Blédort.

Le 24 mai 1894, à l’Elysée Montmartre, Maxime Lisbonne invite tous les chiffonniers du quartier à un bal grandiose, on a même dit qu’on ne voyait pas le bout de la file d’attente des miséreux !

 Cf. Le banquet des affamés de Didier Deaninckx. 

Le 24 mai 1894 il donne une grande soirée de gala « pour la construction d’un palais pour huissiers afin de les avoir sous la main à la prochaine révolution », mais c’est une autre histoire….

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Mais, en octobre 1894, Maxime Lisbonne connaît à nouveau la faillite.

Infatigable, Maxime Lisbonne ouvre en janvier 1896, rue Notre-Dame de Lorette, Le Jockey-Club de Montmartre, à l’inauguration duquel on sert des « maquereaux pêchés dans le bassin de la place Pigalle!

LE CASINO DES CONTRIBUTIONS INDIRECTES de Maxime LISBONNE

Ce nouveau cabaret ouvre ses portes, en mars 1898, 37, rue de la Rochefoucauld, dans lequel il engloutit ses dernières économies. Le cabaret est installé dans un vaste hangar, aux murs blanchis à la chaux, et meublé de façon rudimentaire.

Les invitations sont libellées dans le plus pur style administratif : « Sommation sans frais de notre bon vouloir ministériel, Citoyen contribuable, vous êtes priés de vous rendre sans retard à l’inauguration du Ministère qui aura lieu le mercredi 16 mars… »

En 1889, le temps a passé, le portrait du Président CARNOT remplace celui de l’empereur !

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Maxime Lisbonne a toujours eu l’amour du théâtre, il l’avait écrit :
« j’espère bientôt devenir directeur d’une nouvelle scène et inaugurer le vrai théâtre, c’est à dire le théâtre moralisateur, le théâtre honnête, avec des auteurs qui n’auront pas à leur actif une histoire infâme de la Commune, comme Claretie, et qui n’auront pas, comme Dumas fils, craché au visage des vaincus et cravaché les femmes… »

Maxime Lisbonne et le théâtre: voir le remarquable article:

Les théâtres de Maxime Lisbonne

« Comment classer l’expérience de Maxime Lisbonne ? Est-ce du théâtre ? Il est d’autant plus difficile d’en parler, qu’aucune de ses pièces n’a été publiée. Tout ce qu’on peut dire est que Lisbonne a toujours été attiré par la mise en scène et n’a pas attendu les années 1880 pour se lancer dans le théâtre. Certes, il est acteur dès les années 1860, interprète tous les rôles du théâtre romantique, joue aux Folies Saint-Antoine, et en assure la direction. Mais n’est-il pas également acteur pendant la Commune de Paris ? ».

Son destin ne lui permit que d’être directeur de cabaret, comédien fantaisiste et amuseur !

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Maxime Lisbonne aime la galéjade, et il sera souvent farceur !

Lorsqu’il lance ses « campagnes académiques » et rend visite aux membres de l’Institut…

Ces visites se terminent au poste de police !

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En voyage lorsqu’il dépose sa carte, chez le Prince de Galles, encore chez le Marquis de Salisbury, au nom de la fraternité des peuples, ou encore chez le Président CARNOT !

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Au Concert LISBONNE lorsqu’il organise un « Gala au profit des Huissiers » …et au cours duquel se présente un huissier pour saisir, et trouve Maxime LISBONNE entouré de 6 lions débonnaires qui lui ont été prêtés par un directeur de cirque, sans doute le cirque MEDRANO !

Signalons un bel article sur Montmartre et le Cirque Médrano  » Montmartre secret ».

Maxime LISBONNE fera l’objet de nombreux articles à travers la presse:

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Autour de lui, autant d’écrivains que de pratiques : depuis les auteurs « consacrés » (comme Octave Mirbeau ou Jules Vallès), jusqu’aux écrivains oubliés (Jacques Sautarel, André Veidaux), en passant par les militants plus ou moins connus (Louise Michel, Charles Malato, Émile Pouget) ou les écrivains fin-de-siècle tentés par l’anarchisme – ainsi que tous ceux qu’on appelle des « en-dehors », faute de savoir où les classer ( Mécislas Golberg, Manuel Devaldès)… tous essaient de conjuguer littérature et révolution.

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Lepelletier, ami de Maxime LISBONNE, nous laisse ces quelques phrases :

« LISBONNE avait bravé bien souvent la mort. Il avait été relevé sanglant sur le champ de bataille, et on lui avait coupé la jambe en le considérant sans doute comme à peu près perdu. Il avait subi les souffrances morales de la transportation, aggravant les fatigues et les privations du bagne. Il était revenu, pourtant alerte encore, joyeux toujours, claudicant avec sa jambe articulée, mais plein d’entrain et de bonne humeur, secouant ses longs cheveux sur ses épaules larges, allant poitrine en avant, défiant la misère, dédaignant les déboires, les soucis de l’existence, comme il avait nargué la fusillade, la prison, l’exil… »

On trouve encore la trace de Maxime LISBONNE en juillet 1904 à la fête de Reuilly à Paris:

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En juillet 1904 Maxime LISBONNE est à la fête de Reuilly, à la baraque à Dorville où il évoque une nuit de Montmartre:

« Maxime Lisbonne! Il est donc encore de ce monde ? Certes ! Et presque pas changé. Je l’aperçois, prenant un instant de repos, au pied de la baraque. Il est descendu du tréteau de parade et a échangé pour quelques minutes son légendaire tuyau de poêle à bords plats, contre un léger chapeau de paille. » – Le journal  » Le magasin Pittoresque – 1er juillet 1904 – Maximin ROLL

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Maxime LISBONNE passera ses dernières années à La Ferté Alais chez Mme MOUROT, belle sœur de son épouse, 11 Av. du Général Leclerc.

 

 

 

Il passe souvent ses soirées dans le café de Mme Chevallier, place Carnot.

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Maxime LISBONNE décède à 66 ans d’une congestion pulmonaire le 25 mai 1905, et est inhumé au petit cimetière de la Ferté Alais. Sur son acte de décès on indique « sans profession », sur sa tombe est gravé  « Ici repose le citoyen Maxime Lisbonne, regretté de sa veuve, de son fils, et de ses nombreux amis.

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Ici repose

LE CITOYEN MAXIME LISBONNE

Décédé le 25 mai 1905

A l’âge de 66 ans

Regretté de sa veuve

De son fils

Et de ses nombreux amis

Madame Veuve Lisbonne

Décédée le 28 février 1914

A l’âge de 76 ans

Regrettée de ses petits enfants

Et arrières petits enfants

Le 27 mai 1905, la presse se fait l’écho du décès de Maxime LISBONNE :

« Avec lui disparaît, en somme, un des plus vaillants soldats de l’insurrection républicaine communaliste et patriotique de 1871…Les socialistes nouveau genre lui reprocheront lâchement son cabotinage. Nous pas ». ( L’intran, 27 mai 1905).

« Après l’amnistie, il revint à Paris et dirigea quelques temps le théâtre des Bouffes du Nord. Mais où Lisbonne conquit une sorte de célébrité, c’est lorsqu’il créa des cabarets excentriques…Tant de joyeuseté et d’ingéniosité ne menèrent Maxime Lisbonne ni à la gloire, ni à la fortune. Il est mort pauvre et presque oublié ». ( Le Matin, 27 mai 1905).

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« Sa verve copieuse, jamais tarie, sa franche bonne humeur attiraient chez lui une foule joyeuse faisant rouler l’argent. Mais entre les mains de Lisbonne, il ne roulait pas, il fuyait, fuyait… Le voilà parti, ce gai vivant, et l’on ne reverra plus sa silhouette caractéristique, sa tête forte, aux longs cheveux bouclés, au menton proéminent, ses pantalons à la hussards, son gilet toujours déboutonné, son large feutre posé de guingois, ce gilet et ce feutre qui effarèrent tant de graves académiciens, lors des fameuses tournées académicides. Ce fut, certes, un fantaisiste compagnon, que Maxime Lisbonne, mais un vaillant et aussi brave homme » ( L’Humanité, 27 mai 1905).

D’autres publications lui consacre des articles : Tout Paris, La Liberté, L’Eclair.

Même, plus tard, le journal COMOEDIA du dimanche 29 mars 1906 publiait en première page :

« A la mémoire du colonel Lisbonne, on eut bien étonné le vieux communard, le fondateur de la Taverne du Bagne, des frites révolutionnaires, au casino des concierges et directeur du divan japonais après Jehan Sarrazin, si on lui eut prédit qu’il serait un héros de conférence de société savante…récemment M. de Crauzat, fort au courant du passé, même le plus moderne de la Butte, faisait à la société d’histoire locale «  le vieux Montmartre », une conférence sur Maxime Lisbonne, dont le bulletin de cette société vient de publier le texte ». (Crauzat – Maxime Lisbonne – le vieux Montmartre – 57ème – 58ème fascicule –

3ème et 4ème trimestre 1905).

Henri Pelletier lui rendait hommage en ces termes : « Ceux qui ont connu Maxime Lisbonne n’ont pu oublier cette tête si caractéristique. Avec un nez un peu écrasé, ses muscles puissants et ses cheveux qui se déroulaient en crinière, Maxime Lisbonne faisait songer à un lion, sa voix enrouée et puissante en imitait même parfois le rugissement, et surtout il en avait le courage (…) la dernière carte qu’il adressa à Gérault – Richard et dans laquelle il s’excusait de ne pouvoir venir assister à la fête donnée pour élever un monument à Jean-Baptiste Clément, était envoyée de la Ferté Alais,  « Villa de la purée sociale ».

L’Abeille, le journal d’Etampes écrivait le 3 juin 1905:

« …Selon ses volontés, Maxime Lisbonne fut enterré civilement, sans pompe, accompagné seulement à sa dernière demeure par la fanfare, dont il était membre honoraire, quatre pompiers, le lieutenant et le tambour.

Une foule d’amis suivait le convoi, apportant à la famille du défunt une nouvelle marque de sympathie. On s’attendait à des manifestations, le drapeau rouge devait être déployé, des discours révolutionnaires devaient être prononcés. On attendait Da Costa, Rochefort et d’autres encore : personne ne vint. Le convoi précédé par le garde champêtre qui pour la circonstance, avait mis en évidence sa plaque, emblème de ses attributions, ainsi que la cérémonie d’inhumation, tout fut d’un calme pénétrant. Pas d’orateurs, partant, pas de panégyrique, seuls, MM. Weber, et Malterre, le premier au nom de ses amis de Paris, le second au nom de ceux de la Ferté, dirent un dernier adieu au « Colonel ». Un monsieur s’approcha de la tombe en disant : « Liberté, Justice, Solidarité », puis il s’en fut laissant les assistants se demander quel était le sens quelque peu énigmatique et très obscur de ces trois mots. Coïncidence bizarre, Maxime Lisbonne fut enterré le jour anniversaire de la fin de la Commune (27 mai 1871). Lisbonne était, avant tout un révolutionnaire blagueur et pas méchant. Paix à ses cendres ».

Maxime Lisbonne ne devait jamais revenir à Paris, celui là même qu’il avait fait tourbillonné quelques années auparavant, tant de ses convictions courageuse et braves sur les barricades, que de sa gaieté et son goût prononcé de la provocation libertaire, affranchie et indépendante.

Dans son ouvrage  » la Vie de Paris » (1905) Jean Bernard, avocat, écrira:

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« Une des figures les plus originales de ces quarante dernières années vient de mourir. Il professait volontiers des idées anarchistes, en réalité, c’était un communaliste désabusé.

– Voyons Lisbonne, lui disais-je, un jour, croyez-vous vraiment à l’anarchie ?

– Mon cher ami, me répondit-il, on croit toujours à une cause pour laquelle on a exposé sa peau et j’ai présenté ma poitrine aux balles versaillaises. Si je n’avais pas cru aux idées anarchistes, je serais resté chez moi. Les hommes, c’est une autre affaire !

Pauvre Lisbonne ! Je fus longtemps son avocat et il fit les beaux jours de la dixième chambre, qui était alors présidée alternativement par deux hommes d’esprit: M. Bartholon qui avait été président de chambre à Limoges et par M. Labour qui a écrit un livre des plus curieux sur M. de Monthyon, dont il a établi, avec des preuves irrécusables, l’avarice sordide et l’égoïsme féroce de son vivant. Au commencement, ces magistrats avaient une certaine crainte de ce pauvre Lisbonne, qui les surprenait par ses déclarations enflammées, mais ils s’y étaient habitués et le traitaient en client de choix, prononçant des amendes modérées pour les nombreux délits qu’il accumulait à plaisir dans le journal éphémère qu’il rédigea un moment:

l’Ami du Peuple.

Du reste, il ne cachait pas son dédain pour ces amendes qu’il mettait au défi l’huissier le plus madré de saisir; quand se présentait  à son domicile un de ces honorables officiers ministériels, il s’écriait de sa voix de stentor:

– Laissez passer les laquais de la justice, il n’y a rien à enlever ici !

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Il connaissait du reste, très bien la procédure, ayant été clerc de notaire avant de devenir directeur de théâtre et Colonel de la Commune. Il avait des plaisanterie un peu grosses, et un jour il eut l’idée de demander audience à M. Carnot, par une lettre si spirituelle que le bon président, malgré l’avis de son secrétariat, donna l’ordre de le recevoir à un jour convenu. Lisbonne ne manqua pas l’heure; il s’était mis en habit, exagérant le protocole qui n’exige que la redingote pour ces sortes de visites ; seulement, cet habit noir sentait affreusement le pétrole.

– C’est l’odeur de la Commune que j’ai introduite à l’Elysée, disait-il, et puis mon  » sifflet  » avait des tâches et on doit se présenter décemment devant le chef de l’État.

Au fond, c’était un fantaisiste, mais il était bon et toutes ses grosses malices se terminaient en éclats de rire.

La dernière fois que je le vis, c’était à l’enterrement d’un autre combattant de la Commune Lissagaray que nous conduisîmes au Père-lachaise par une après-midi mouillée ; nous étions cinq cents, l’églantine rouge à la boutonnière.

– Ah ! par ce temps humide, me dit-il, ma vieille jambe me pèse ; aidez-moi un peu à grimper la côte de  » monte à regret ! »

– Ah ! ça, mais vous êtes fonctionnaire, vous ?

– Quelle blague ! Les journaux l’ont imprimé, mais ce n’est pas vrai. Clemenceau avait demandé pour moi la recette buraliste de Dieppe, mais on ne la lui a pas donnée, et je suis aussi gueux qu’au temps de  » la Taverne du Bagne « . Vous rappelez-vous ?

– Je crois bien ; là-haut, à Montmartre, tout le Jockey-Club y défila.

– Maintenant, je vais ouvrir quelque chose d’analogue :  » la Maison de la Purée » ; on boira un bock pour vingt sous et on recevra un bon pour un repas à quelque pauvre bougre de prolétaire. Vous viendrez à l’ouverture ?

– Je n’y manquerai pas.

– Et vous écrirez un de vos chapitres ? J’ai beaucoup d’amis un peu partout.

– C’est entendu.

La nouvelle entreprise fit un peu de bruit, mais ne réussit pas ; Lisbonne se retira à la campagne, dans un coin de village où il est mort.

Lisbonne, Lissagaray ! C’est le bataillon des survivants de la Commune qui s’éclaircit. ».

Jean Bernard.

Une épitaphe est gravée sur la plaque de sa tombe:

« À Maxime Lisbonne hommage de l’Académie d’histoire « .

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Sa femme, Elisa DODIN, décédera à la Ferté Alais le 28 février 1914 et aura pour témoin l’artiste peintre Fertois Prosper Galerne, qui décédera le 31 août 1922.

Marcel Cerf, de l’Académie d’Histoire a rédigé un livre qui s’intitule « Maxime Lisbonne le D’Artagnan de la Commune de Paris » qui fait référence pour sa biographie.

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Il convient de signaler les romans de Gaston Leroux, « Les aventures de Chéri-Bibi » ou l’auteur raconte les mésaventures d’un ex-bagnard…poursuivit par les fatalités, et dont les tribulations l’amène dans les cabarets Montmartrois ! ».

 

maxime lisbonne l'histoire de la ferte alais 142 rue Merckert

En outre, on doit noter que l’auteur de roman policier Didier Daeninckx a rédigé un roman « 12 rue Meckert» dans lequel il retrace une intrigue d’un personnage sous le nom de Maxime Lisbonne.

Enfin, plus récemment Jean Vautrin et Tardi ont retracé dans une bande dessinée intitulée «  le Cri du Peuple », la période de Maxime Lisbonne au temps de la commune. Le Cri du peuple était un journal dirigé par Jules Vallés.

maxime lisbonne l'histoire de la ferte alais Tardi

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Edouard Lepelletier, qui fut lui-même membre de la Commune et l’auteur d’une Histoire de la Commune de 1871, rend à Maxime Lisbonne un hommage dont on pourrait faire une épitaphe notoire :

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« Ce raillard, ce farceur, ce cabotin-colonel, se montra l’un des plus vaillants, à une époque où le courage courait les rues. Ses compagnons l’avaient surnommé le Murat de la République. Comme le héros des cavaleries impériales,

Lisbonne se plaisait à caracoler au milieu des balles…Ces allures de mousquetaire, excusables par la bravoure dont il fit preuve en vingt occasions, méritent encore l’indulgence par la modestie qui les accompagnait. Il devenait simple, lorsqu’il parlait de lui-même. »

Le Dictionnaire de la Commune.

Maxime LISBONNE s’attira à nouveau des ennuis à titre posthume en 1970 lors de l’inauguration de la rue qui porte aujourd’hui son nom, qu’on en juge:

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Hommage lui fut rendu, tard, mais rendu…

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Son épouse, Madame Elisa née DODIN décédera en 1919, non sans avoir sollicité une concession pour la famille Lisbonne à perpétuité.

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Hommage à Maxime LISBONNE à la Ferté Alais

En 2005, à l’occasion du centenaire de la mort de la Maxime Lisbonne, la ville de la Ferté Alais lui rendait hommage en présence de Monsieur Marcel Cerf, des Amis de la Commune de Paris et des Libres Penseurs.

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Philippe  AUTRIVE

Bibliographie sur Maxime LISBONNE :

Maxime Lisbonne le D’Artagnan de la Commune de Paris, par Marcel CERF, le Pavillon, Roger Maria Éditeur. 1967

Paris sous la Commune aux Éditions DITTMAR – crédit photographique

Louise Michel « Mémoires » Éditions La Découverte

Louise Michel « La Commune, Histoire et Souvenirs ». Éditions La Découverte

Le Cri du Peuple, de Tardi et Vautrin, Editions CASTERMAN

Les cartes postales du chat noir sont extraites de wwwnotrefamille.com

12, rue Meckert Série Noire Gallimard par Didier Daeninckx

Histoire de la Commune de 1871 – Éditions La Découverte – Prosper-Olivier Lissagaray

Le banquet des Affamés – Gallimard – Didier Deaninck

La revue La Commune – Association des Amies et Amis de la Commune de Paris (1871)

Les Théâtres de Maxime Lisbonne par Caroline GRANIER

©Copyright 2009 Philippe AUTRIVE – Tous droits réservés